Les apports de l’externalisation en co-thérapie dans la mise en forme du monde relationnel familial

Solen Montanari, psychologue et Séverine Filho, therapeute familiale


Introduction


Dans la Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels, nous partons du postulat que lorsque deux personnes sont en présence c’est en réalité deux mondes relationnels qui se rencontrent. Dans cette rencontre il y a deux histoires, deux expériences de vie qui se connectent. Ce sont des passés, des présents et des futurs qui construisent une expérience commune qui n’appartient ni, en propre à l’un, ni à l’autre, mais qui fait émerger un troisième élément qui donne une forme au « nous ».



Un monde relationnel est la concentration dans l’ici et maintenant de l’expérience du vécu de la personne. Il s’agit des expériences en lien avec le monde matériel qui l’entoure, avec les autres qu’il côtoie, et le bain culturel dans lequel il évolue. C’est le tissage de ces expériences qui forme une matrice à travers laquelle la personne perçoit et vit son environnement physique et relationnel. 

Cette matrice est à l’interaction entre le monde qui lui préexiste et qui l’accueille et la manière dont il va se positionner vis-à-vis de ce monde. Ce sont les effets en retour de ce positionnement qui vont petit à petit construire ce paysage mental et corporel. Cette matrice devient progressivement vivante, dynamique, comme une musique qui nous accompagne dans notre vie. C’est la base de la Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels.



La famille est composée de membres qui chacun incarne un monde relationnel. Les interactions entre chaque membre dans la durée font émerger un monde relationnel commun, celui de la famille. Le monde relationnel de la famille n’est pas la somme des mondes relationnels des membres mais le fruit des interactions entre ces mondes relationnels. La construction de ce monde est un processus dynamique en constante évolution. Elle a une plasticité qui, en fonction des cycles de la famille et des événements qu’elle traverse, permet au monde relationnel de la famille de s’adapter, changer, évoluer. 



En prenant appui sur la seconde cybernétique, la TLMR considère que les thérapeutes font partie intégrante du système thérapeutique. La thérapie familiale est donc une rencontre entre une famille et les thérapeutes qui l’accompagnent. Ceux-ci incarnent eux aussi le monde relationnel qu’ils habitent. Par conséquent, la thérapie familiale est une rencontre entre plusieurs mondes relationnels : celui de la famille et celui de chacun des thérapeutes. 



En situation de co-thérapie, la relation entre les deux thérapeutes fait émerger un monde relationnel commun au binôme. La forme que va prendre le monde relationnel du binôme va interagir avec le monde relationnel de la famille. Les thérapeutes vont donc devoir travailler ensemble sur la forme que va prendre le tissage entre leurs mondes relationnels respectifs afin de proposer un appui au travail thérapeutique. 



A chaque nouvelle rencontre, un tissage unique s’opère dans le binôme de thérapeutes, même si les expériences précédentes agissent comme des filtres qui ont un effet sur ce tissage. Pour autant ce dernier est propre à chaque situation familiale car il s’agit d’un tissage dans l’ici et maintenant entre les mondes relationnels des thérapeutes et ce qui est perceptible du monde relationnel de la famille. La rencontre avec la famille est le contexte dans lequel ce tissage entre les mondes relationnels des thérapeutes a lieu. Autrement dit, comme le contexte change, le tissage sera différent pour chaque thérapie. 





L’objectif de la thérapie familiale en TLMR est de faire émerger un contexte qui rende le monde relationnel de la famille visible et d’accompagner chaque membre de la famille à se positionner vis-à-vis de lui. C’est ce processus thérapeutique qui autorise le changement. La mise en place de ce processus est de la responsabilité des thérapeutes. Il s’agit donc pour eux de mettre en place un espace permettant que ce processus émerge. 



Au départ, il est question pour les thérapeutes de percevoir la famille comme une collection d’éléments et de laisser à la famille le soin de mettre en scène la manière dont ils s’y prennent pour faire famille. Les thérapeutes, dans une posture de non savoir, sont dans l’accueil de cette mise en scène. Il leur est nécessaire de déconstruire la représentation qu’ils ont de ce qu’est une famille, pour reconstruire ensemble et découvrir la forme que prend la famille qui est devant eux, ici et maintenant. 



Illustration clinique de l’externalisation du monde relationnel familial



Contexte de la séance : Monsieur, Madame et leurs deux filles (Justine 15 ans et Louise 12 ans) viennent à la demande de la thérapeute de l'aînée. Ils ont tous été témoins d’un meurtre en face de chez eux il y a plusieurs années. Ce sujet n’a jamais été évoqué en famille. Aujourd’hui, les nombreux conflits dans la famille rendent la vie difficile. 



Après un premier questionnement de chaque membre de la famille sur l’objectif de la thérapie, les thérapeutes cherchent à comprendre le lien que chacun entretient avec celui-ci.



  • Th1 : Donc, si on résume, vous êtes tous d'accord pour dire que l'intention avec laquelle vous venez c'est qu'en famille il y ait un climat plus apaisé.

  • Mère : (très présente physiquement dans la pièce, assise confortablement dans son fauteuil) Je dirais que, « le climat non apaisé », c'est le symptôme. Je pense que la démarche elle est aussi importante parce que nos deux filles expriment de deux manières différentes un certain mal-être et nous bah on ne comprend pas. Je ne sais pas comment faire pour que ce mal-être s'apaise ou se gère en dehors de conflits.

  • Th2 : Donc si je comprends bien il y a : on a tous le même objectif de retrouver un « climat apaisé » (montrant avec un geste de la main l'espace au centre). Donc il y a l'apaisement et c'est la direction dans laquelle vous voulez tous aller, mais il y aussi « mal-être » et « mal-être » et c'est deux mal-être qui s'expriment différemment.

  • Mère : Exactement.

  • Th1 (en s'adressant à Th1) : C'est marrant, comme si chacun avait son petit plot devant, tu vois. Je vois bien le plot de travaux.

  • Th2 (rire) : c'est pas mal comme ça.

  • Th1 : Il y en a un là, et il y en a un là, (montrant l’espace devant les filles). Et là et là (en montrant l'espace devant chaque parent) est-ce qu’il y a aussi des plots ? 

  • Père : (avec une voix quasi inaudible et une présence éthérée) Oui, il y en certainement là aussi des plots devant des autres. 

  • Père : Chez moi en tout cas oui.

  • Th1 : Ok. Donc il y en a un aussi là, d'accord.

  • Th2 : Et qui s'expriment aussi différemment ?

  • Père : Peut-être d'une façon plus passive.

  • Th2 : Passive ou moins bruyante ?

  • Père : Ça dépend. Je dirais plus passive mais… (silence)

  • Th1 : Ça ne sort pas beaucoup. C'est à l'intérieur, mais c'est ça ne s'exprime pas finalement. Est-ce qu’on pourrait dire ça ? 

  • Père : Oui (hésitant). C’est mis en retrait.

  • Th1 : C'est mis en retrait de la famille ou c'est même mis en retrait par rapport à vous-même ?

  • Th2 : J'ai une image qui vient. L'image qui vient c'est une image sonore. Ça fait beaucoup de bruit à l'intérieur, ça ne fait pas beaucoup de bruit à l'extérieur.

  • Père : Oui, d'une certaine façon oui. Maintenant, c'est toujours compliqué de synthétiser et de mettre le doigt sur un élément.

  • Th1 : (à la famille) Est-ce que vous comprenez ce que Monsieur nous dit ?

  • Th2 : Oui j'allais demander. Qui peut nous aider à comprendre ?

  • Justine : (elle prend beaucoup de place, verbalement très volubile et physiquement imposante) Je pense comprendre mais c'est vrai que c'est compliqué à expliquer de ressentir plein de choses et ne pas savoir les exprimer. 

  • Th2 : Donc il y a « mal-être » qui a besoin de s'exprimer, mais on ne sait pas, soit comment le dire, soit comment …

  • Justine : Le définir.

  • Th2 : Ni le définir, donc on pourrait dire que ce sont les mots pour le dire c'est ça ?

  • Th1 : « Je n’ai pas les mots pour le dire parce que je ne sais même pas de quoi il faut que je parle vraiment ». (Le thérapeute reprend les propos de Justine afin de les densifier. Il les dépose au centre comme un point de triangulation à partir duquel le travail va s'effectuer).

  • Th2 : Ça, Justine, c'est quelque chose que tu penses qui est différent en fonction des différents mal-être, des différents plots, là ? Ou est-ce que tu penses que ça c'est commun aux trois ou quatre plots qu'il y a là ?

  • Justine : (le regard dans le vague) Je ne sais pas, je ne sais pas comment chacun le ressent, donc … enfin pour l'instant, je ne sais pas.

  • Th2 : Tu parles de quel plot ?

  • Justine : Bah je pense que je parle pour mon père, et moi avant.

  • Th2 : Ah, donc tu parles pour ton père aujourd'hui et tu parles de ce que toi tu as déjà vécu.

  • Justine : La thérapie individuelle cela m'a aidée à plutôt mettre des mots sur ce que je ressentais et après j'ai encore du mal à l'exprimer, mais je peux déjà me dire à moi-même ce que je ressens.

  • Th2 : Ah, donc ça reste entre toi et toi-même.

  • Justine : C'est ça, enfin pour l'instant.

  • Th2 : Monsieur, lorsque Justine nous aide à comprendre ce que vous dites ça vous semble juste par rapport à votre plot là ?

  • Père : Oui.

  • Th2 : Justine, quand tu entends Papa dire que, oui c'est ce qu'il ressent, ça réagit comment chez toi ?

  • Justine : Je le savais intérieurement. Souvent mon père quand il n’arrive pas à quelque chose, il se blâme lui-même. Et en fait je fais exactement la même chose. Et donc j'en déduis que c’est pas forcément la même sorte de mal-être mais la même façon de le ressentir et de pas pouvoir l'exprimer.

  • Th2 : (s’adressant à Monsieur) : Ça réagit comment là ?

  • Père : Cela me touche un peu. Et je suis fier de ma fille. C'est perspicace. C'est bien résumé. Je crois que c'est simplifié mais c'est bien clarifié. 

(Julie pleure.)

  • Th2 : Justine, elles ont quel effet sur toi ces larmes ? C'est un truc qui soulage, ou tu as l'impression que ça t'emmène dans la détresse ?

  • Justine : Je dirais que c’est pas quelque chose qui soulage parce que j'aime pas. Parce qu’en fait, le fait que j'arrivais pas à exprimer ce que je voulais dire c'est parce que je voulais pas montrer ce que je ressentais. Je voulais pas le dire et donc que ça sorte. Je veux toujours montrer cette carapace de moi-même. Donc, c'est pas forcément un soulagement.

(Les thérapeutes explorent alors la voie de la peur anticipatoire en lien avec ce que Justine n’ose pas dire, ni sortir).

  • Th1 : Sinon quoi ? 

  • Justine : Sinon ce n'est plus la Justine forte qui sait tout faire.

  • Th1 : Et alors ?

  • Justine : C'est pas une image qui me plaît de moi-même.

  • Th1 : Madame, quand chacun essaye d'exprimer ce qu'il imagine de ce qui se passe pour l'autre. Entre Justine et son papa, et que Justine dit « mais moi j'ai pas envie de montrer, j'ai envie de montrer une Justine forte qui sait tout faire et du coup j'ai tendance à essayer de montrer juste la carapace”. Il se passe quoi en retour chez vous ? 

(Le thérapeute questionne la maman afin de commencer à tisser entre les comportements des différents membres de la famille.)

  • Mère : Déjà je ne suis pas surprise. Il se passe que je me dis qu'elle fait déjà un énorme chemin rien que pour dire ça. Mais que la moitié du chemin reste à faire pour qu'elle accepte de ne pas être parfaite. 

  • Th1 : Vous avez l'impression que ça, ce chemin qui reste à faire là, (montrant le chemin par un geste) c'est un truc qui est propre à Justine ou vous avez l'impression que ça concerne tout le monde ?

  • Mère : Sur ce point particulier, il est propre à Justine.

  • Th1 : Louise, Quand tu entends ta sœur dire ça « moi je montre ma carapace et là de faire tomber la carapace et de montrer aussi les fragilités c'est difficile, je n’aime pas trop ». C'est quelque chose que tu connais toi aussi cette volonté de montrer la carapace et pas trop ce qu'il y a dedans ou tu as l'impression que c'est juste ta sœur qui est dans cette difficulté-là ?

(Le thérapeute questionne Louise sur la même chose afin de faire des liens entre le comportement de Justine et celui de sa sœur.)

  • Louise :( elle semble tout faire pour se faire oublier, repliée sur elle-même, se faisant la plus petite possible) Oui, je connais.

  • Th1 : Et quand tu dis « oui je connais » c'est moi aussi « je montre ma carapace » et, ou c'est « j'en connais d'autres dans la famille qui montrent que leur carapace » ?

  • Louise : Pas dans ma famille, mais en tout cas moi aussi.

  • Th1 : Je vais te poser une question bizarre : la carapace là, elle protège qui ?

  • Louise : Je ne sais pas.

  • Th1 : Je me demande si c'est la carapace qui protège ce qu'il y a dedans ou la carapace qui protège ce qu'il y a autour pour pas que ....

  • Louise : Je ne sais pas.

  • Th1 (en s'adressant à Th1) : Il y a trois carapaces, là, (Elle montre les espaces devant Justine, Louise et le père) et je me demande si là (espace devant la mère) il y en a une quatrième ou si on en a juste trois.

  • Mère : Il y en a une aussi !

(Cette réponse spontanée de la mère provoque un rire partagé par l’ensemble des personnes.)

  • Mère : La 4e c'est encore autre chose. La 4e, elle essaie de gérer un peu les trois autres, pour essayer d'avoir une cohabitation harmonieuse qui... actuellement ne fonctionne pas. La 4e se sent investie d'une mission qui est de faire tourner la famille.

  • Th1 (en direction de Th1) : Il y a un truc qui vient, est-ce que c'est ok si ce qui me vient, je le au milieu ?

  • Th2 (en direction de Th2) : Oui.

  • Th1 : Il y a une image qui vient chez moi (en regardant l'espace au milieu de la famille) , c'est un petit pompier, il est tout petit, il a une petite lance comme ça, il court partout, partout, partout !

  • Mère : Mais il n’a pas beaucoup d'eau.

  • Louise : En plus sur les carapaces c'est pas évident.

  • Th2 : Lorsqu'il y a le petit pompier là avec son sa petite lance, avec pas beaucoup d'eau qui court là, à essayer d'aller d'une carapace, à un plot, à une autre carapace, à un autre plot…

  • Louise : Ben sur les carapaces l'eau elle peut partir et du coup ça ne va pas vraiment marcher. Donc ça donne un peu cette image là que même si on essaye ça marche pas. 

  • Th2 : Monsieur, lorsqu'on observe là ensemble ce petit pompier qui s'affaire avec sa petite lance. Cela réagit comment chez vous ?

  • Père : C'est un peu angoissant. C'est effectivement la situation. C'est une illustration de la situation d'une certaine façon et... certainement c'est l'origine de pas mal de soucis. C'est illustratif et pour ma part je n'ai pas la possibilité de me dire que j'ai pu apporter une contribution conséquente.

  • Th2 : Au petit pompier ?

  • Père : Au petit pompier oui.

  • Th2 : Et toi, Julie ? 

  • Julie : Moi, je me dis qu’effectivement c'est comme ça que ça se passe mais d'un autre côté que c'est un peu bête dans le sens que ma carapace elle est là pour les protéger.



Commentaires sur la séance : 



Nous observons à travers cette vignette clinique la manière dont le monde relationnel de la famille commence à prendre forme, étape par étape. En demandant à chaque membre de la famille de se connecter avec l’objectif de la séance, les thérapeutes ont permis qu'émerge dans un premier temps la forme que prend le mal être de chacun sous la forme de « plot ». Le travail de questionnement autour des plots et des interactions entre chacun a fait émerger une nouvelle forme : « les carapaces » qui traduisent les interactions au sein de la famille, dans le rapport de chacun avec soi et dans le rapport de chacun avec les autres membres de la famille. Cela a permis de questionner les intentions de ses carapaces (fonction de protection). C’est ensuite le tissage de ces interactions qui donne la forme au monde relationnel de la famille : le pompier qui arrose avec un tout petit peu d’eau des carapaces étanches.



Le questionnement circulaire des thérapeutes pendant la séance permet que la rencontre des mondes relationnels se fasse. Il opère un tissage progressif entre les différents mondes relationnels de chaque membre de la famille et du monde relationnel familial avec celui des thérapeutes. Les interactions entre la famille et les thérapeutes densifient progressivement le contexte de la thérapie. La co-thérapie et cette manière de questionner en alternance, dans un rythme ajusté au processus permet, un peu comme les mouvements alternatifs, de faciliter l’entrée des différents membres de la famille dans un espace commun et de construire un contexte relationnel dans l’ici et maintenant qui favorise la coopération et le partage.



Lors des échanges et de la présentation de la plainte, le thérapeute s’appuie sur ses propres perceptions, et plus largement les informations que sa propre personne lui renvoie, pour accompagner le processus et faciliter l’émergence d’une forme relationnelle. L’accès à cette forme relationnelle nécessite que le thérapeute soit dans une transe d’observation, accordé à la famille, et dans une posture d’accueil inconditionnel de ce qui émerge dans l’ici et maintenant de la séance. Ce ne sont pas des propositions arbitraires réalisées par le thérapeute, mais bien une émergence spontanée d’images visuelles, sonores etc.. auxquelles il a accès grâce à cet état de conscience modifié et cette posture particulière. Ces informations sont très utiles car elles sont le fruit de la rencontre des mondes relationnels de la famille et des thérapeutes.




Illustration clinique : Quand l’implicite devient explicite



Contexte de la séance : Ludwig est d’origine étrangère, Myriam est Française. Ils ont un enfant commun, Pierre, 2 ans et demi. Après avoir vécu deux années dans le pays d'origine de Ludwig, le couple s'est installé en France où ils vivent depuis 6 ans. Ludwig a laissé sa famille et ses amis et  Myriam a retrouvé son entourage. Myriam explique qu’elle se sent endettée envers Ludwig pour son isolement relationnel. Elle évoque le poids de cette responsabilité et tente tout ce qu’elle peut pour l’intégrer socialement. Ludwig n’en voit pas l'intérêt, il souhaite des relations exclusives avec elle. 



Ludwig est à ce moment de la séance assez en colère et rejette en bloc les invitations de Myriam de découvrir un monde en dehors du couple. Myriam exprime son désespoir de se sentir incomprise et impuissante. Lors de la séance, les corps du couple sont assez figés et il semble y avoir une dissonance entre le discours émotionnel et l'expression corporelle pauvre. 



  • Myriam : (agitée, s’exprimant rapidement, sans respiration et cherchant avidement le regard et l’approbation des thérapeutes.) On a tous les deux des positions complètement différentes par rapport à l’équilibre, nous en tant que personne individuelle, en tant que couple et en tant que parents. Pour moi, je le vois un peu comme trois bulles qui prennent plus ou moins d’importance les unes par rapport aux autres. C’est vraiment un équilibre à trouver entre les trois. Il n'y a pas de hiérarchie, je ne suis pas plus importante en tant que personne individuelle, mon couple n’est pas plus important et nous en tant que parent, on n’est pas plus important. Et Ludwig n’est pas du tout d’accord avec moi sur ce point-là. Pour lui, c’est le couple avant tout. C’est nous en tant que couple et il ne comprend pas que je donne de l’importance à moi, en tant que personne, et moi je n’arrive pas à comprendre cette vision-là.

  • Th1 (en s'adressant au co-thérapeute afin contenir le débit de parole de Myriam et de s'assurer que tout le monde est d'accord sur ce point) : Donc, Myriam voit trois bulles différentes, trois espaces et qui sont indépendants les uns des autres sans hiérarchie et Ludwig aurait une vision différente ; l'une serait plus importante que les autres. 

  • Th2 (en s'appuyant sur ce que dit son collègue) : S'agit-il du problème à régler, d'une demande ou seulement d'une plainte ? Je n’ai pas bien compris : Quand Myriam dit « On n’est pas d’accord sur le sujet, moi j’ai ma vision des choses les trois bulles doivent trouver un équilibre et que cet équilibre peut être différent par moment ». et pour Ludwig, « Il y a une bulle plus importante qui est le couple et après le reste est secondaire voir presque inexistant. » Imaginons qu’on puisse faire quelque chose par rapport à ça ici aujourd’hui. Vous imaginez que ce serait comment après ?

  • Ludwig : (dégage une colère froide, calme et posé dans sa chaise. Quand il parle, il n’essaye pas de se faire comprendre par les thérapeutes, il s’adresse uniquement à Myriam) J’essaye de sauver la situation parce que quand on est en couple…

  • Myriam : Justement, c’est toute la difficulté, on est persuadé chacun d’avoir raison.

  • Ludwig : (très calmement, dans le contrôle) Je ne reproche pas à Myriam de ne pas être comme avant, j’ai dit qu’elle me manque plutôt la Myriam d’avant. C’est normal, on a traversé beaucoup de choses. C’est juste qu'elle avait des manières de faire que je ne retrouve plus, c’est juste ça.

  • Myriam : Au début de notre relation, les 3-4 premières années on était très, très fusionnels. On s’était un peu renfermé, c’est cette image de bulle, mais on s’était tous les deux enfermé dans notre bulle. En fait, au bout d’un moment j’ai explosé en disant que j’avais l’impression d’être totalement coupé du monde. Je ne me retrouvais plus en fait, il y a eu plusieurs choses qui se sont passées à ce moment-là et ça ne me convenait plus. Et je pense que Ludwig, cette situation-là lui convenait vraiment beaucoup et ça a été très dur en fait pour lui ce passage. Et on est parents maintenant, depuis bientôt trois ans. Donc c’est aussi une nouvelle bulle qui est venu se rajouter et c’est encore une question d’équilibre enfin pour moi c’est une question d’équilibre qu’on n’arrive pas à trouver.

  • Th2 : Ça veut dire que la Myriam d’avant acceptait d’être dans cette bulle et la Myriam d’aujourd’hui c’est celle qui…

  • Myriam : Oui. En fait à une époque j’étais dans cette bulle-là et ça me convenait bien d’être dans ce petit cocon tous les deux où on n’avait pas forcément besoin des autres. La Myriam d’avant c’est ça, elle s’épanouissait comme ça en fait en donnant énormément d’importance à son couple ça prenait le dessus sur tout.

  • Th1 : Je suis désolée, il y a un mot qui revient depuis tout à l’heure. C’est ok si je le mets au milieu ?  C’est « la bulle a éclaté, explosé ». Voilà cette phrase « bulle éclatée » je la mets au milieu. Ça fait quoi là ? (geste montrant l’espace imaginaire).

  • Myriam : Alors elle a dû éclater. C’est parce qu'en fait au bout de 3-4 ans de relation j’ai eu une prise de conscience que oui je suis en couple mais je ne peux plus exister en tant que personne. Et je lui avais dit à ce moment-là que je devais réfléchir et que j’ai envisagé peut-être de le quitter et donc c’est là que notre bulle a éclaté.

  • Th1 : Il y a une image qui me vient encore, c’est une hémorragie. Une hémorragie constante, ça saigne, ça saigne, ça saigne, on tente de mettre des pansements, de désespérément empêcher que ça saigne et ça saigne. Ça coule, ça coule, ça coule. On est débordé par tout ce sang qui déborde. Cette image-là, je la mets au milieu.

  • Th2 : Et quand elle est au milieu cette hémorragie, vous pouvez l’observer, il se passe quoi là pour vous ?

  • Ludwig : C’est la phrase que je vous ai dit l’autre jour, j’ai l’impression que même si je fais tout et n’importe quoi ça va continuer.

  • Th1 : Et ça réagit comment dans le corps ?

  • Ludwig : On dirait qu’il n’y a pas de solution.

  • Th1 : Une situation où il n’y a pas de solution, c’est quelque chose que vous connaissez ? Avez-vous déjà fait l’expérience d’une situation où il n’y a pas de solution ?

  • Ludwig : Y’a toujours des solutions, mais c’est juste que parfois ce sont des solutions qu’on ne veut pas.

  • Th1 : Il y a toujours des solutions, mais des solutions qu’on ne veut pas. Madame, lorsque cette hémorragie est là comment ça réagit chez vous ?

  • Myriam : C’est un peu ça, oui. Et la même impression que j’ai par rapport à notre problème de couple. Des problèmes, on en a quasiment depuis huit ans je dirais. Mais il y a eu des périodes où on a réussi à s’en sortir, que ça allait mieux. Oui, j’ai cette impression aujourd’hui en tout cas qu’il y a une hémorragie qu’on n’arrive pas à stopper.

  • Th2 : Et quand Ludwig dit il y a des solutions, mais des solutions qu’on ne veut pas, ça réagit comment chez vous ?

  • Myriam : C’est-à-dire la séparation ?

  • Th2 : Je ne sais pas.

  • Myriam : Je pense, non ?

  • Ludwig : Oui.

  • Myriam : C’est une solution que j’ai déjà évoqué plusieurs fois avec Ludwig. Je suis tiraillée entre le « faut qu’on arrête, on n’y arrive plus » : on a plus la même vision de vie, on a plus les mêmes envies, on est en désaccord sur trop de points. Je lui ai dit, moi je ne veux pas vivre comme ça toute ma vie et là je ne suis pas heureuse. Aujourd’hui, je pense enfin ne plus avoir de sentiments amoureux envers lui. Il y a quand même un attachement. Enfin c’est pas… ça n’empêche pas l’autre, mais en fait parfois j’ai l’impression que c’est juste que faut arrêter d’insister. Une autre partie de moi qui me dit « quand même on était tellement amoureux, on a vécu tellement de choses ensemble » que pour moi c’était un support, un soutien tellement important dans des moments très difficiles. Et puis on a Pierre qui pour moi est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée et pour l’instant c’est le bonheur de Pierre avant tout et j’adore cette relation qu’ils ont ces derniers temps et j’ai pas envie de tout gâcher.

  • Th2 : Donc il y a une partie, « y’a pas de solution ou il faut choisir cette solution qui ne convient pas », il y a une autre partie qui dit « non c’est pas ok de choisir cette solution », mais du coup cette partie-là elle espère quoi ?

  • Myriam : Qu’on soit heureux tous les deux. J’ai l’impression que si les choses changent comme j’ai envie, lui ne sera pas heureux. Ça ne lui conviendra pas, et si les choses restent, comme aujourd’hui aucun de nous deux est heureux. Et si les choses vont dans sa direction, j’ai l’impression que moi je ne serai pas heureuse. 

  • Ludwig : Je t’ai posé la question plusieurs fois, qu’est-ce que tu veux que je fasse, qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

  • Myriam : Ludwig….

  • Ludwig : Je ne te demande rien, je te demande juste qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

  • Myriam : Ludwig, c’est pas aussi simple (…)



Commentaires sur la séance 



En entendant tout ce que le couple mettait en place pour aider à sauver la relation, deux choses sont venues de façon récurrente et perturbante chez les thérapeutes. La première cette phrase “la bulle a éclaté”. La seconde, l’image impactante de l’hémorragie. Ces externalisations ont eu pour effet de rendre visible la question de la séparation qui n’avait jamais été mentionnée auparavant. 

Cette mise en forme permet à chaque membre du couple de regarder seul et ensemble cette réalité, restée dans l’implicite pendant plusieurs années et maintenant rendue visible. Cela va leur offrir la possibilité de se positionner, là où jusqu’à présent la peur de cette solution venait figer chacun, interdisant toute tentative de changement par crainte que la séparation ne devienne réalité. On pourrait ainsi dire que la représentation de la séparation comme solution agit comme contexte relationnel figeant les relations dans le monde relationnel conjugal.

L’externalisation de l’hémorragie a aussi une valeur de recadrage au sens où elle réinscrit chacun dans une temporalité passé-présent-futur du « souffrir dans un couple qui dysfonctionne », autrement dit des effets du refus de se séparer, et autorise Myriam à se connecter à elle-même dans ses besoins propres. Cela replace chaque protagoniste du couple en tant qu’acteur du présent et du futur : vais-je continuer dans un chemin qui ne me correspond plus en sachant qu’il ne me correspond plus ou vais-je faire le choix de choisir un autre chemin ? L’explicitation de l’implicite repositionne la personne comme acteur, car rester dans une situation qui ne lui convient pas ou plus est désormais un choix.



Illustration clinique : externalisation de l’envahissement chez les thérapeutes



Contexte de la séance : La famille est étrangère et expatriée depuis 5-6 ans et doit rentrer dans son pays à cause des contraintes professionnelles du père. Personne ne souhaite rentrer. L'aînée (Éloïse) est suivie par plusieurs thérapeutes pour dépression, la cadette (Inès) est également suivie depuis peu. Les thérapeutes qui les accompagnent sont à l’origine de cette demande. Selon eux, il semble qu’il soit nécessaire qu’un travail de communication soit fait au sein de la famille pour aider les enfants. Les enfants se plaignent d’un grand besoin de se faire entendre par leurs parents et sont toutes les deux en grande souffrance.



Lors du questionnement sur les objectifs, Éloïse dit qu’elle veut son indépendance. La mère prend la parole tout de suite et part sur la demande d’autonomie d’Éloïse sans que l’on ait le temps de demander à chacun le motif de sa venue. Le sentiment d’être débordé est présent tout de suite chez les thérapeutes.



(…)

  • Th1 (en s'adressant au co-thérapeute) : On est parti à fond les ballons sur Éloïse, mais sans savoir de quoi les autres ont besoin. 

  • Th2 : Je suis d’accord.



Les thérapeutes reprennent le cadre et demandent aux autres le motif de leur venue. 



  • Th1 : Inès, qu’attends-tu de la séance qui puisse t’être utile ?



Inès part dans une description sans fin du déménagement familial à venir et du désordre dans la maison. Le monologue dure quatre minutes. L’envahissement est de retour chez les thérapeutes. Personne n’intervient si ce n’est pour relancer la machine de la description infernale. Quand la description s’arrête, les thérapeutes questionnent les autres membres de la famille.



  • Th2 : Imaginons qu'aujourd'hui on fasse quelque chose qui soit utile pour vous, ce serait quoi ?



La mère se lance à son tour dans une tirade de deux minutes sur « je veux du temps pour moi » sans lien avec ce qui s’est dit avant. Un dialogue s’installe entre les thérapeutes afin de sortir de l’envahissement. Le silence s’installe dans la famille. Ils écoutent et regardent les thérapeutes en face d’eux en train de travailler et d’échanger. 

  • Th2 :  En fait il y a un truc très désagréable qui vient chez moi. Un truc d'avant le tremblement de terre, tu sais le silence avant le tremblement de terre. Ce silence, il est là très présent. Je vais le mettre au milieu. 

  • Th1 : Tu crois qu'il va arriver maintenant ? 

  • Th2 : Non après, après la séance.

  • Th1 : Et tu crois qu'ils le savent, qu’ils le sentent ?

  • Th2 : Je ne sais pas. Je pense qu’ils sont dans l'agitation, l’agitation est présente, mais le silence n'est pas encore présent. 

  • Th2 : Quand je mets cela au milieu, cela fait quoi chez toi ? 

  • Th 1 : Déjà ça se pose, et il y a de la tristesse, qui vient. En fait, ça laisse place à la tristesse. 

  • Th2 : La tristesse prend quelle forme, quand elle est au milieu ?

  • Th1 : C'est un tourbillon, c'est comme une tornade à l'envers. 

  • Th2 : L'eau qui part dans l'évier. 

  • Th1 : Tu vois ? (Bruit d’aspiration) comme ça.




L’effet de la mise en forme par les thérapeutes de l’envahissement crée en retour un apaisement chez les thérapeutes et un ré-accordage dans le binôme. Cela se pose momentanément dans la famille. La mise en forme permet aux thérapeutes de reprendre le travail avec la famille.



  • Th2 : Lorsqu'il y a le silence qui a été mis au milieu là, et le tourbillon qui va vers le fond, là, qui descend et qui aspire. Monsieur, ce silence, le tourbillon, au milieu ici, comment ça réagit chez vous ? 

  • Père : C'est une question à laquelle je ne m'attendais pas. Je ne sais pas le silence, le tourbillon….

  • Inès : C’est compliqué.



Les thérapeutes continuent la mise en forme en complétant l’externalisation.



  • Th1 (s’adressant à Th2) : Je te propose qu’on fasse un truc : si on met le tourbillon et le silence là, et si on porte notre attention sur ces 2 choses-là et on observe quelle forme ça prend ? Le lien entre les deux, chez toi, voilà qu'est-ce vient ?

  • Th2 : En fait, je ne le vois pas comme ça. Je ne vois pas les 2 choses séparées. C'est comme si le silence c'était le cadre dans lequel il y a le tourbillon. Il contient le tourbillon. Tu vois ce que je veux dire ? Si je fais un tableau tu as le cadre le blanc, c’est le silence, et tu as le tourbillon. C'est un tout. C'est comme si le silence contient le tourbillon.

  • Th1 : En retour lorsque tu présentes ça comme ça, ça crée un truc d'angoisse chez moi, là. Ce n’est pas normal que ce soit silencieux ça, c'est quelque chose de super angoissant.

  • Th2 : Je suis d'accord. C'est le tourbillon mais qui est dans l'ombre. C'est le tourbillon qui aspire en silence.

  • Mère : Il n’y a pas de silence dans notre maison. Dans la famille c’est “parler, parler, parler, parler”. 

  • Éloïse (tentant d’interrompre sa mère) : Quand c’est ma mère qui parle je veux sortir.

  • Mère : Excuse-moi, amour, c'est moi qui parle. Pardon, chaque personne à la maison ne se regarde que soi-même, il ne regarde pas l'autre. Nous avons une difficulté de communication. Si nous parlons ce n'est pas un dialogue, c’est un monologue.

  • Th2 : Donc pour vous il n’y a pas de silence, il y a beaucoup de paroles, ça parle beaucoup, beaucoup, beaucoup.

  • Mère : On parle à soi-même, on se saoule soi-même. On n’écoute pas les difficultés de l’autre. 

  • Éloïse : Quand je vois le tourbillon je dois partir. (…)




Commentaires sur la séance



Travailler en co-thérapie a pour objectif d’apporter de la sécurité à la fois aux thérapeutes et à la famille. Cette double présence à la fois sur le contenu et sur le contenant nécessite un accordage entre les thérapeutes. L’accordage en TLMR passe par un travail sur les mondes relationnels de chaque thérapeute. L’externalisation est un des outils qui amène cet accordage par la mise en forme et le tissage entre le contexte de la thérapie et les mondes relationnels de chacun d’entre eux.



Lorsque le monde relationnel dysfonctionnel de la famille est sur le mode de l’emprise et de l’envahissement, les thérapeutes impactent cette information par un effet de désaccordage. A la fois chez chacun d’eux, mais également dans leur relation. Un vide relationnel va alors apparaître entre eux. Opérer une externalisation met en forme les effets de ce monde d’emprise sur les mondes relationnels des thérapeutes. En co-thérapie, c’est le partage des effets d’envahissement chez chaque thérapeute qui va aider à la mise en forme de ce vide et créer un effet de réaccordage. Cela va rendre visible l’invisible et transformer l’informe en une forme pleine et circonscrite. L’emprise perd son pouvoir en quittant l’invisible. Chacun peut se positionner vis-à-vis d’elle pour aller en direction d’un monde plus accordé et sain.



Cette externalisation entre les thérapeutes donne un point d’appui pour chaque membre de la famille, comme cela s’est produit avec le silence et le tourbillon. Cela permet d’observer les interactions entre chaque membre de la famille et la forme que prend l’envahissement. Il est possible alors de rendre apparent le vide relationnel qui existe dans la famille, sans que cela ne génère de résistance avec le contexte de thérapie. 



En prenant appui sur cette explicitation imagée du vide sur un mode imaginaire et non intellectualisé, chacun pourra coopérer plus facilement pour lever les résistances à l’être ensemble au sein de la famille. Rétablir le lien dans la famille va devenir l’objectif émergeant pour la suite de la séance qui prendra finalement une forme de sculpture vivante relationnelle. 



Discussion



A travers les trois situations évoquées, nous vous avons montré de quelle manière et à quel moment les externalisations en thérapie familiale venaient soutenir le processus thérapeutique. 



Dans la première situation, la mise en forme de la problématique de chaque membre de la famille permet petit à petit de tisser du lien entre ces formes et faire émerger la problématique familiale. On passe d’une collection d’éléments à un “nous” engagé dans le travail thérapeutique : le petit pompier, sauveur impuissant qui essaye d’éteindre un incendie que personne ne veut regarder. Dans la suite de la thérapie, cette forme amènera la famille à découvrir qu’il s’agit d’une mission confiée à la mère par son propre père. Ce travail transgénérationnel va donner de l’espace à la famille pour se positionner ensemble sur un nouveau fonctionnement. 

 

Dans la seconde situation, l’externalisation ouvre la porte sur la mise en forme de l’invisible qui pèse en silence sur le couple : la peur de la séparation. Chaque membre du couple pourra se positionner plus clairement par rapport aux issues possibles de la relation. Ils vont faire le choix de s’engager franchement dans le sens de la modification de leur relation. A la fois en tant que couple conjugal et parental. 



Enfin dans la troisième situation, la mise en forme de l’envahissement subi par les thérapeutes rend apparent le vide relationnel et donne l’opportunité aux thérapeutes de faire un pas de côté. L’observation par la famille de leur capacité à se sécuriser ensemble et à coopérer pour se réaccorder, par effet mimétique, ouvre une voie vers le tissage relationnel au sein de la famille. Ils vont pouvoir vivre une expérience d’ajustement corporel durant cette séance à travers la sculpture vivante, empreinte de la matrice interactionnelle de la TLMR. 



Nous pouvons observer à travers ces trois exemples, l’importance de la posture du thérapeute et de ses capacités à prendre appui sur ses feedbacks corporels (j’ai déplacé cette partie). Lorsque la relation est bien en place et que les mondes sont sains et accordés, le corps renvoie des messages d’apaisement et de fluidité. Mais lorsque le corps se sent saisi par une perception perturbante comme une douleur, une image récurrente ou une pensée envahissante, cela traduit l’information d’un désaccordage ou d’un dysfonctionnement des mondes relationnels. 



Le travail de mise en forme, d’externalisation utilise le perceptif, l’imaginaire et le cognitif pour donner une forme au désaccordage entre le monde relationnel formé par les co-thérapeutes d’un côté et le monde relationnel de la famille de l’autre. Donner une forme à ce désaccordage permet que l’invisible devienne visible tout en préservant les liens au sein du contexte de thérapie, en évitant les ressentis de culpabilité, de faute, de méfiance etc…. C’est aussi un moyen de sortir de l’envahissement généré par la problématique familiale. En effet, en opérant cette externalisation, les thérapeutes se réassocient avec leur propre monde relationnel, ils mettent en avant la discordance qui a émergé, sortant de la dissociation issue de la rencontre entre leur monde et celui de la famille. Ce travail de recadrage permet en retour aux familles de se repositionner et laisse place à la transformation des mondes relationnels. L’accordage des thérapeutes dans la co-thérapie facilitera cette externalisation, l’un agissant comme tiers soutien et/ou autorisant, et réciproquement, afin de ne pas se retrouver aspirer dans le monde relationnel dysfonctionnel familial.



Conclusion 



Dans l’approche de la Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels, le processus de vie est naturel et premier. Les thérapeutes n’ont pas pour ambition de mettre en route ce processus, mais plutôt de mettre en place les conditions pour qu’il émerge. Un espace est proposé par les thérapeutes. C’est un espace de rencontre dans l’entre-deux où les mondes relationnels des uns et des autres peuvent co-construire ensemble. Cet espace invite au partage. Il devient un point de triangulation que chacun peut observer et nourrir. La créativité de tous vient s’exprimer à travers cet espace qui devient vivant et autonome. La forme que prend le point de triangulation devient à la fois un outil et une information sur l’avancée du processus relationnel. Les externalisations de chacun facilitent la mise en forme dans cet espace imaginaire et le travail de coopération.  


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Le travail d’attachement par le câlin de ventre en thérapie avec les enfants